Enseignement

Un bruit blanc n'est pas l'autre...

La légende veut que les inuits aient développé pas moins de 31 mots différents pour rendre compte des diverses nuances du blanc de la neige rencontrées dans les contrées glacées du grand nord.

 

Pour ce qui est de créer des sons, toute personne qui a un peu tâté de la création sonore électronique sait ce qu'est un bruit blanc : il s'agit d'un son qui - statistiquement - contient toutes les fréquences audibles pour l'être humain (soit à peu près 20 Hz à 20 000 Hz). Perceptivement, un bruit blanc est sur la durée un son déponent, c'est-à-dire ne présentant pas la moindre forme ou évolution. Cependant, du point de vue physique, c'est tout le contraire: il est impossible de trouver deux moments identiques au cours de sa durée, car il s'agit d'un signal aléatoire. Cet aspect aléatoire est important lorsque le bruit blanc est utilisé pour moduler un filtre ou un oscillateur par exemple, notamment en le passant lui-même dans un filtre passe-bas avec une fréquence de coupure assez basse (< 50 Hz). Mais cet aspect aléatoire est vrai uniquement dans le domaine analogique. Dans le domaine numérique, l'aléatoire pur et dur n'existe pas. Il faut le recréer artificiellement. En général, cela est effectué via une "racine", une suite de nombre. Selon que l'algorithme est bien fait ou non, le signal évolue constamment ou bien cycliquement. Dans certains cas extrêmes (mais rares aujourd'hui heureusement) le bruit  n'est pas généré sur le moment même mais est constitué d'un fragment de bruit blanc analogique échantillonné et lu en boucle, ce qui lui donne donc un caractère cyclique affirmé.

 

Chaque logiciel a son propre algorithme de génération de bruit blanc. Ainsi, le bruit blanc de Max/MSP (noise~) n'est pas celui de csound, lui-même différent de celui de Super Collider. Certains sont parfois très éloignés de la définition donnée plus haut. Par exemple, le module "noise" de Reaktor oscille entre deux valeurs d'amplitude extrêmes sans jamais passer par des valeurs intermédiaires, ce qui le rend par exemple inutilisable pour certaines modulations comme signal de commande. On lui préfèrera alors le module random, réglé sur une fréquence très haute.

 

Une spécificité de Max/MSP pour ses versions antérieures à la 5 : tous les objets noise~ sont basés sur la même racine et produisent donc le même signal, ce qui peut poser problème lorsqu'on emploie du bruit blanc comme modulateur. Changement donc pour la version 5 : chaque objet noise~ produit un bruit différent.

 

Puisqu'il existe divers algorithmes pour générer diverses variétés de bruit blanc, devrait-on, comme chez les inuits, en rendre compte dans le langage? On parlerait alors de bruit albâtre, de bruit céruse, ou de bruit neige...